S’exercer au courage, dissiper ses appréhensions - S’exercer au courage, dissiper ses appréhensions

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null S’exercer au courage, dissiper ses appréhensions

S’exercer au courage, dissiper ses appréhensions

 

La numérisation ne cesse de progresser et personne ne peut dire de quoi sera fait le monde de demain ou d’après-demain, ni quelles sont les branches qui y gagneront ou celles qui y perdront.

Une chose est cependant claire: qui se laisse en ces temps guider par la peur est déjà perdant. L’important est d’avoir une attitude proactive et un esprit d’entreprise propice à la créativité. Mais comment encourager créativité et saine propension au risque? La neurologie nous offre ici de nombreuses pistes. La répétition et la routine sont importantes parce que la nouveauté est gourmande en énergie, mais en revanche, trop de routine produit rapidement un effet d’accoutumance et le cerveau travaille de plus en plus au ralenti. Ce qui est trop connu rend indifférent, aussi une coopération créatrice doit-elle avoir pour objectifs d’échapper régulièrement à la répétition, de créer des options et de perturber les processus bien rodés. Cela peut se faire au moyen d’éléments structurels simples, par exemple en changeant régulièrement de bureau, en installant des coins de jeu ou des pièces de refroidissement ou en utilisant des méthodes dissociatives. Les nouveaux contenus favorisent également la créativité.

 

Essayer quelque chose de nouveau

Pour l’usic, cela signifie qu’il n’est pas besoin que chaque événement ait un rapport avec l’ingénierie. Entendre et expérimenter çà et là du nouveau peut être bénéfique aussi aux collaborateurs des entreprises membres de l’usic. Pour être dans la lignée de cette phase de bouleversement, l’usic a abordé le thème des «peurs» sous l’angle neurologique et, après un exposé stimulant et passionnant du Dr Martin Inderbitzin, neurologue, elle a emmené les Jeunes professionnels prendre un bain de glace. L’idée était, ce faisant, de mettre les Jeunes professionnels face à une expérience de courage dans laquelle ils ne seraient pas guidés par la peur.

 

 

Entretien avec Martin Inderbitzin

 

Que se passe-t-il dans le corps d’une  personne stressée?

Martin Inderbitzin: Nous distinguons fondamentalement deux types de stress qui se manifestent différemment dans le corps: le stress positif, appelé aussi eustress, et le stress négatif ou distress.

Nous éprouvons un stress positif, par exemple, lorsque nous dévalons un peu trop vite la piste de ski. C’est excitant et cela augmente nos performances aussi bien physiques que mentales.

Le stress négatif produit un effet inverse, par exemple lorsque nous arrivons en haut d’une piste noire et que nous nous trouvons brusquement devant une pente effrayante. Nos jambes commencent à flageoler et il n’est plus possible de réfléchir lucidement. Il est intéressant ici de constater que les mêmes hormones sont libérées dans les deux situations, mais en quantités différentes. S’agissant du disstress, nous parlons en outre souvent de stress dit chronique. Celui-ci peut avoir des effets négatifs graves sur notre santé, comme des problèmes cardiovasculaires ou un burn out.

Dans quelle mesure stress et peur sont-ils liés?

Stress et peur sont très étroitement liés. Ainsi la peur déclenche souvent des réactions de stress et inversement, le stress peut nous rendre anxieux. Lorsque nous n’avons pas assez dormi, par exemple, nous nous sentons beaucoup plus facilement débordé.

Existe-t-il des prédispositions individuelles au stress et à l’anxiété?

Oui, il y a effectivement des prédispositions génétiques sur la manière dont nous réagissons au stress et à la peur. L’alpiniste de l’extrême, Alex Honnold, qui a escaladé sans corde la paroi rocheuse de 900 mètres de haut d’El Capitan en 2017, en est un exemple. Un examen par IRM a montré que son cerveau réagit à la peur différemment de celui des gens normaux.

Mais à côté de la prédisposition génétique, des événements traumatiques peuvent aussi avoir un effet sur notre propension au stress. Un traumatisme de la petite enfance peut, comme on le sait, modifier notre expression génique et entraîner plus tard une disposition accrue à la dépression.

Quelle conséquence le fait d’être constamment sous tension a-t-elle sur le corps et sur le psychisme?

Le stress chronique est très néfaste à notre santé et à notre bien-être. Ce qui est dangereux en l’occurrence, c’est que les effets négatifs s’accumulent lentement sans que nous le remarquions forcément, ou seulement lorsque nous sommes déjà victime d’un burn out ou que nous nous trouvons dans l’ambulance avec une crise cardiaque.

Dans quelle mesure le corps et le psychisme sont-ils liés?

Le corps et le psychisme sont comme la caisse de résonnance et les cordes d’une guitare. Par exemple, je peux pincer une corde et faire ainsi vibrer la caisse. Ou, inversement, tapoter ou presser la caisse pour influencer les vibrations de la corde. Notre psychisme et notre corps fonctionnent exactement de la même manière: selon l’air que je joue dans ma tête, le corps se met à vibrer d’une certaine manière. Et inversement, je peux mettre mon corps en mouvement ou le calmer et influencer ainsi mon psychisme.

Peut-on influencer le niveau de stress physique par le training mental?

Tout à fait, et ce n’est pas si difficile. Il suffit souvent de cinq minutes pour ressentir les premiers effets positifs. Peu importe que ce soit par la méditation, par des exercices de concentration ou par toute autre technique usuelle. L’essentiel est de se donner consciemment assez de temps et de le pratiquer dans un lieu où on se sente à l’aise. Surtout au début, l’entraînement mental peut paraître «bizarre». Je conseille donc toujours d’essayer quelques techniques et de voir par soi-même celle que convient.

Peut-on influencer le niveau de stress par l’entraînement physique?

Certainement. Le sport ou des activités physiques comme la marche ou le yoga peuvent contribuer grandement à réduire le stress. Ce faisant, la circulation sanguine est stimulée et le corps est alimenté en oxygène frais. Les deux choses sont très utiles pour faire face au stress. Comme pour l’entraînement mental, le choix de la méthode est secondaire. Il est beaucoup plus important de prendre plaisir à bouger son corps et à pouvoir respirer une fois profondément.

 

 

 

 

 

 

Dr. Martin Inderbitzin

Le Dr Martin Inderbitzin a étudié la neurobiologie à l’EPF Zurich et a passé son doctorat en neurosciences à l’UPF de Barcelone. Le sujet de sa thèse était le stress et les émotions, et leur influence sur l’apprentissage et le comportement.

Ses rêves de carrière ont été détruits lorsqu’on lui a diagnostiqué un cancer du pancréas. Lors même du traitement, il s’était déjà inscrit à un triathlon bien que n’ayant jamais pratiqué ce sport auparavant.

Aujourd’hui, il met son temps à profit pour comprendre comment notre état d’esprit influence nos actions et leurs motivations. Certes, nombreux sont ceux qui savent ce qu’il faut faire, mais rares sont ceux qui le font. Pourquoi en est-il ainsi? Et pourquoi tant de querelles? Ces questions sont au centre du travail de Martin Inderbitzin. Il explore la manière dont notre cerveau raconte sa propre histoire et avec quels instruments et quels artifices nous pouvons influencer ce processus.

Verfasst von: Lea Kusano lea.kusano@usic.ch