Quand l’apprenti doit s’occuper de ses frères et sœurs - Quand l’apprenti doit s’occuper de ses frères et sœurs

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Quand l’apprenti doit s’occuper de ses frères et sœurs

Il est surprenant de constater tout ce que l’on apprend sur ses semblables lors d’une telle crise, note Lukas Hochstrasser. En tant qu’employeurs, nous avons donné très tôt des instructions claires à nos collaborateurs. Avant même le confinement, nous leur demandions de renoncer à emprunter les transports publics. Pour leur propre protection et celle de l’entreprise, nous ne voulions pas prendre le risque qu’ils soient contaminés sur le chemin du travail et passent ensuite la journée avec tous les autres dans un espace clos. Certains ont alors pris un abonnement de vélo électrique, d’autres sont venus au travail avec un vélo classique ou en voiture. Quant à ceux qui vivent loin, nous avons mis à disposition les voitures de société. Et chaque jour, nous avons organisé à nouveau le tour de ramassage.

 

Le transfert général vers le télétravail a posé des problèmes. Nous avons certes la chance d’entretenir une culture de relations très ouverte, de sorte que nos collaborateurs nous font confiance. Nous savions pour la plupart d’entre eux s’ils appartenaient à un groupe à risque ou non. Même les plus gros défis techniques ont été rapidement résolus par chacun de nous. Mais la technique n’est pas tout, tant s’en faut; pour que le télétravail soit possible, il faut également que les conditions sociales à domicile soient propices. Aussi sommes-nous en contact téléphonique presque quotidien avec nos collaborateurs, afin d’être à l’écoute et savoir comment ils se portent. Il est cependant plus difficile, au téléphone, de se rendre compte de l’état réel de quelqu’un. Normalement, on se voit tous les jours, et un coup d’œil suffit généralement à se faire une idée de l’état d’esprit d’une personne. 

 

Or lorsque des problèmes surviennent, nous prenons vite conscience de la nécessité de trouver une solution individuelle à chacun d’eux

Par exemple, comment composer avec un apprenti qui, en raison de la fermeture des écoles, doit s’occuper de ses frères et sœurs afin que ses parents puissent aller travailler? Que faire de la jeune grand-mère qui doit absolument garder ses petits-enfants? Le Conseil fédéral n’a pas réglé ce genre de situations, et nous n’avons pas non plus de solutions prêtes à l’emploi. Néanmoins, un peu de bonne volonté nous permet souvent, en notre qualité d’employeurs, d’apporter à peu de frais une aide importante à nos collaborateurs.

Je pense que nous avons très tôt, et en permanence, réagi aux directives du Conseil fédéral. Avant même que ce dernier ne décide le confinement, nos chefs de chantier devaient, par exemple, obtenir l’autorisation de la direction pour la tenue de réunions de conduite des travaux, et celles-ci devaient avoir lieu dans les conditions requises: pas plus de cinq personnes, à l’extérieur et avec le maintien d’une distance de deux mètres entre les personnes. La décision d’imposer une telle directive à nos employés était délibérée. Pour un jeune chef de chantier, il n’est en effet pas toujours facile de s’imposer sur le terrain face aux plus expérimentés, et avec notre ligne directrice, ils ont en main un atout qui leur permet de se faire entendre.

Sur le plan économique, nous nous en sortons plutôt bien jusqu’à présent. Quelques chantiers ont été arrêtés, il s’agit toutefois de projets privés de peu d’ampleur. Les travaux sur les grands chantiers se poursuivent, mais il y aura des retards. Dans ces conditions, nous pourrons certainement tenir d’ici à l’automne. Malgré tout, nous nous faisons évidemment du souci concernant l’économie dans son ensemble et la société. Les effets peuvent être considérables et avoir des répercussions à long terme.

 

Entretien mené avec Lukas Hochstrasser le 9 avril 2020
Président de la direction de smt AG

Verfasst von: Lea Kusano lea.kusano@usic.ch